jeu. Jan 20th, 2022

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La nation risque de s’engloutir

                    EDITORIAL  :     La nation risque de s’engloutir ;

En Mauritanie, chaque jour a son flot de crispations qui vient s’ajouter à l’océan de colère qui risquerait, sous peu, de noyer tout le pays, à moins que se soit Allah le Tout Puissant qui nous en préserverait.

Et, soyons-en sûr, la marée n’épargnera même ceux qui se complaisent à provoquer tous ces problèmes.

On dirait que le système trouve un cynique plaisir à se mettre à dos de tous ce que le pays compte d’indignés, de révoltés.

En effet, tout le monde y passe : les abolitionnistes, les dockers, les étudiants, les journalistes, les expatriés, les sénateurs… et maintenant les jeunes.

Tout ceux qui seraient tentés de la moindre démarcation vis-à-vis des sentiers battus par le pouvoir en place, sont voués aux gémonies, traités d’apostats, taxés de racistes, accusés d’hérétiques ou de preneurs d’otage du peuple.

Ici, il faut accepter de courber l’échine, de caresser dans le sens du poil, de porter la soutane du « saffaaga » et de plaire au guide, quitte à y laisser sa dignité.

Tout dernièrement le Président Mohamed Ould Abdel Aziz a déclaré sur RFI que le référendum aura bientôt lieu

. Lui et ses thuriféraires persistent dans la voie qu’ils se sont pompeusement tracés, celle de ne pas « être faits pour échouer », faisant fi de toutes les voix contestataires de ce projet sournois. Ainsi, notre guide s’agrippe éperdument à l’article 38 et requiert « l’arbitrage du peuple mauritanien ». Mais de quel peuple parle-t-il ? Celui dont il n’a même pas daigné en essayant de passer les réformes par les deux chambres parlementaires, le peuple auquel les réformes constitutionnelles n’augurent en rien dans l’amélioration de ses conditions de vie, de l’égalité entre les citoyens et du renforcement d’un état de droit ? Ce qui est sûr, le pouvoir en place ne peut plus se passer du peuple qui demeure maintenant sa bouée de sauvetage.

Aziz et sa courtisanerie sont en train d’opérer de toutes les manœuvres, quitte à faire tomber la nation dans le chaos, pour que le référendum ait lieu et, par conséquent, amender la constitution. Et tout celui qui serait tenté de leur barrer la route subira la foudre répressive des sbires du pouvoir, prompts à sévir.

Justement la répression par violence policière demeure le seul moyen pour le pouvoir d’étouffer toute velléité de contestation. La jeunesse mauritanienne vient tout récemment d’en prendre pour son compte.

Et pourtant, elle ne réclamait que plus de considération et d’attention de la part de nos autorités. Les revendications de cette jeunesse sont d’une légitimité majestueuse : réclamer plus d’accès à l’éducation, au travail, demander plus d’attention dans le choix des décisions du pays, demeurent des droits les plus élémentaires, la garantie d’un avenir serein et épanoui. Mais le pouvoir n’a trouvé mieux que de charger ces jeunes marcheurs pacifiques, les traiter de manipulés, les renvoyer à coups de matraques et de lacrymogènes suivis d’arrestations de faciès et un simulacre de procès. En tout, la rengaine préférée du pouvoir face aux abolitionnistes, aux étudiants, aux dockers et maintenant aux jeunes.

Cependant, n’est-il pas le moment d’essayer la construction de la nation mauritanienne avec la nouvelle génération ? Les « anciens » ont ostentatoirement échoué au point d’hypothéquer l’avenir du pays. En effet, les jeunes initiateurs de cette marche sont arrivés à mettre de côté toutes les subjectivités (ethniques, raciales, politiques, etc.) et d’agir en citoyens mauritaniens soucieux d’un avenir de vivre ensemble. Donc, aux « vieux » de toute obédience, il est temps de rendre le tablier. Aimé Césaire disait au terme de sa carrière politique : « Il faut combattre toutes les formes d’aristocraties, y compris celle de l’âge, quand elle a pour nom gérontocratie ». C’est l’occasion pour notre nation de ne pas manquer ce rendez-vous avec l’histoire.

Quand au pouvoir en place, la répression policière ne fera qu’aviver la colère du peuple. Et le chaos qui peut en découler risquerait d’engloutir toute la nation. Répétons ensemble avec Hazrat Ali : « Qui apaise la colère éteint le feu, qui attise la colère, sera le premier à périr dans les flammes ».

Dieu bénisse la Mauritanie !

                              source    :    Mohamed Diouh, Etudiant en Lettres