sam. Oct 23rd, 2021

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Au Cameroun, la déchirure anglophone

Au Cameroun, la déchirure anglophone
La minorité linguistique du pays, qui s’estime lésée par le pouvoir francophone, proteste contre le régime de Paul Biya et la répression policière.
La République d’Ambazonia n’existe pas et ne verra très certainement jamais le jour. Pourtant, à la simple évocation de cet Etat qui n’a pris forme que dans les rêves de quelques insurgés, Vivian – un nom d’emprunt – a le regard qui s’éclaire et le poing droit qui se lève spontanément vers le ciel.

En ce lundi de mai, et comme tous les premiers jours de la semaine depuis décembre 2016, Bamenda est une « ghost town », une ville morte. Rien ne s’y passe. Tout est figé. Les commerces, les banques, les administrations sont fermés dans cette cité de plus de 500 000 habitants, la principale du Cameroun anglophone.

Alors, dans cette journée de désœuvrement, l’institutrice ne se lasse pas de raconter sa vie faite de déceptions répétées et de maigres espoirs. De frustrations surtout. « Déjà à l’école, ils se moquaient de nous en disant, vous allez apprendre et nous aurons les emplois », souffle celle qui, malgré ses études universitaires, n’est arrivée à décrocher qu’un poste à mi-temps, payé une misère – soit 45 euros par mois.

Depuis novembre 2016 et le début de la grève des enseignants dans la région, cette mère célibataire vit sans salaire, ses enfants, comme tous ceux des environs, ne vont plus à l’école. A écouter Vivian, « ils », ce sont les francophones et « nous », ce sont les anglophones. Pour prendre le temps de raconter son histoire et celle de sa région en colère, elle n’hésite pas à nous resservir un morceau de porc braisé ou bien encore une goyave.

« Le bilinguisme n’existe que sur le papier »Depuis le salon de sa modeste demeure plantée sur l’une des collines qui surplombent Bamenda, ville ceinte de plantations de thé, de maïs, de bananes et d’acacias, Vivian tente d’expliquer pourquoi elle rêve désormais de séparation avec le Cameroun.

Par Cyril Bensimon (Bamenda, Yaoundé, Cameroun, envoyé spécial)