Kofi Annan : un héritage fait d’impressionnantes réalisations… et d’échecs

Ce jeudi 13 septembre, Kofi Annan, ancien secrétaire général de l’ONU sera porté en terre dans son pays natal, le Ghana. Occasion pour nous de revenir sur ses accomplissements, parfois écornés par des choix discutables.

 Kofi Annan a marqué l’histoire de l’Afrique et au-delà, du monde entier. En tant que chef des opérations de l’ONU puis secrétaire général de l’organisation – entre 1992 et 2006 – il a été le témoin de grands bouleversements ancrés dans les mémoires.

Diplomate chevronné, fin négociateur et stratège reconnu, Kofi Annan a gravi les échelons de ce qui était alors l’Organisation des Nations unies, jusqu‘à devenir le premier employé de l’institution à accéder au poste de secrétaire général. Une fois à la tête de l’ONU, le diplomate a réussi à assainir les finances de l’organisation et à rétablir les relations avec les principaux membres, notamment les Etats-Unis.

Au long de son mandat, Kofi Annan a lancé des initiatives importantes. Parmi elles, les Objectifs du millénaire pour le développement qui ont permis des avancées significatives en matière de santé, d’éducation et de bien-être humain dans de nombreux pays du monde. Un succès fulgurant dont est né un autre programme, celui des objectifs de développement durable, encore plus ambitieux.

M. Annan avait supervisé en 2006, alors qu’il était encore secrétaire général de l’ONU, un accord entre le Nigeria et le Cameroun au sujet la péninsule pétrolière de Bakassi, au centre d’un long différend entre les deux pays.

En 2000, il avait annoncé depuis Addis Abeba avec un plaisir non dissimulé la fin de la très meurtrière guerre entre l’Ethiopie et l’Erythrée, obtenue grâce à la médiation de l’Algérie.

C’est par ailleurs sous son aile qu’est née la Cour pénale internationale qui a commencé à poursuivre les criminels de guerre pour leurs crimes dans l’ex-Yougoslavie et au Rwanda. Sur le plan environnemental, il a également initié un processus visant à faire reconnaître aux compagnies leur responsabilité face aux conséquences environnementales et sociales de leurs activités. Une riche carrière onusienne qui lui a valu un prix Nobel pour la paix.

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Un engagement pour la bonne gouvernance

Mais ces belles initiatives cachent bien des décisions plus controversées. Ce fut notamment le cas lors du génocide rwandais et du massacre de Srebrenica lorsque Kofi Annan était encore chef des opérations de maintien de la paix, dans les années 90. À plusieurs reprises, le diplomate reconnut que son action était insuffisante dans ces tragédies, classées comme parmi les pires de l’histoire moderne.

En outre, sous sa direction, les accusations d’abus sexuels portées contre les forces de maintien de la paix des Nations Unies dans divers pays, dont le Liberia, la Sierra Leone et la République démocratique du Congo, sont restées lettre morte. Et ces abus se sont poursuivi les années suivantes. On lui reproche également d’avoir toléré les accusations de harcèlement sexuel contre l’ancien patron du HCR.

Autre tache noire dans le bilan d’Annan, l’implication de son fils Kojo dans l’affaire dite “nourriture contre pétrole” visant d’une part à détourner l’embargo international sur le pétrole irakien et d’autre part, à aider les populations irakiennes victimes de ces sanctions. Le fils du patron de l’ONU aurait touché 247 000 euros de commission dans cette affaire. La Commission Volcker nommée par Kofi Annan pour enquêter sur cette affaire a conclu que sa réponse aux abus a été insuffisante.

Ces échecs ne sauraient toutefois résumer l‘œuvre de cet homme dont les Africains en particulier gardent un souvenir impeccable. Surtout que hors des couloirs de l’ONU, Kofi Annan a poursuivi son rôle de bâtisseur de la paix, notamment avec les Elders – un groupe d’anciens dirigeants œuvrant pour la paix et les droits de l’homme – ainsi qu’avec sa propre fondation. Dans ses nouveaux habits, il a notamment aidé à résoudre les violences post-électorales au Kenya en 2007, et et s’est engagé pour une bonne gouvernance en Afrique jusqu‘à son décès le 18 août à 80 ans.

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