Madagascar – Présidentielle : entre duel de fortunes et réseaux d’affaires

Madagascar – Présidentielle : entre duel de fortunes et réseaux d’affaires
DÉCRYPTAGE. Pas moins de 36 candidats sont en lice pour l’élection présidentielle du 7 novembre prochain. D’ores et déjà, il apparaît que l’argent jouera un rôle déterminant dans un pays perclus de problèmes de gouvernance.
PAR LESLIE FAUVEL
| Le Point Afrique
<p>Madagascar entre dans une période électorale qui pourrait s'avérer décisive pour la Grande Île.</p>

Madagascar entre dans une période électorale qui pourrait s’avérer décisive pour la Grande Île.

© RIJASOLO / AFP

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Ils seront 36 à briguer la magistrature suprême lors du premier tour de l’élection présidentielle qui aura lieu le 7 novembre. Quatre d’entre eux polarisent d’ores et déjà l’attention : le président sortant, Hery Rajaonarimampianina, candidat à sa propre succession, et ses trois prédecesseurs : Andry Rajoelina (2009-2013), Marc Ravalomanana (2002-2009) et Didier Ratsiraka (1975-1993 puis 1997-2002). Alors que la population malgache ne constate aucune amélioration de son quotidien au fur et à mesure des régimes, quels seront les arguments qui convaincront les électeurs ?

Duel de businessmen : un remake de 2009

Une étude de la fondation allemande Friedrich Ebert, financée par l’Union européenne et datée de 2016, chiffre le coût de la campagne de Hery Rajaonarimampianina en 2013 à 43 millions de dollars. C’est surtout le candidat qui a dépensé le plus d’argent par vote obtenu, soit 21,5 dollars par voix, en comparaison avec les grandes puissances occidentales et africaines (par exemple, Donald Trump a dépensé 12,6 dollars par voix obtenue, et François Hollande 1,21 dollar). Vraisemblablement, le futur vainqueur de la présidentielle malgache devrait être celui dont les poches sont les plus remplies. Les quatre candidats se sont tous constitués de véritables trésors de guerre à l’époque où ils tenaient les rênes du pays. Mais ils ne sont pas pour autant à armes égales.

La situation politique malgache, hypertendue depuis plusieurs mois, met en scène trois protagonistes principaux, l’actuel président et ses deux prédécesseurs, dans un truel digne du film de Sergio Leone, Le Bon, la Brute et le Truand, si ce n’est que le trésor pour lequel s’affrontent les politiciens malgaches ne prend pas la forme d’un simple coffre rempli de pièces d’or, mais du contrôle de l’État (et donc de ses ressources).

Dans son classement des dix plus grandes fortunes malgaches (Forbes, août 2018), le magazine américain Forbes place Marc Ravalomanana en quatrième position et évalue les revenus de son groupe Tiko à 150 millions de dollars par an. En 2009, l’arrivée au pouvoir d’Andry Rajoelina qui a chassé du pouvoir Marc Ravalomanana était en fait le point d’orgue d’une rivalité commerciale entamée depuis plusieurs années entre les deux hommes d’affaires reconvertis en politique. Depuis son accession au pouvoir en 2002, Marc Ravalomanana, enfant d’une famille modeste devenu l’un des plus importants hommes d’affaires de la Grande Île, n’avait eu de cesse de renforcer le poids de son groupe industriel et commercial, Tiko (agroalimentaire), en n’hésitant pas à user de son pouvoir politique pour faire pression sur ses concurrents, se mettant ainsi à dos une grande partie de l’élite économique malgache.

De son côté, Andry Rajoelina, DJ à ses heures perdues, avait fondé une société d’impression numérique, Injet, mais dirigeait surtout l’entreprise créée par sa belle famille, Doma Pub, laquelle s’était imposée comme le leader de l’affichage publicitaire à Madagascar.

 ©  AFP / Rijasolo
PDG d’un grand groupe agroalimentaire, Marc Ravalomanana, 68 ans, a dirigé le pays de 2002 à 2009. Il a alors été contraint à la démission par un coup de force de l’armée après de violentes manifestations de rue inspirées par le maire d’alors de la capitale, Andry Rajoelina. © AFP / Rijasolo


Or, dès 2003, ses ambitions économiques se sont heurtées à l’inflexibilité de Marc Ravalomanana : ce dernier l’a empêché d’installer des panneaux publicitaires dans la capitale, puis s’est opposé à son projet de construction d’un centre commercial. Aussi, Rajoelina rachète la chaîne de télévision Viva, lance sa propre association politique, baptisée Tanora Gasy Vonona, et réussit à se faire élire maire d’Antananarivo en décembre 2007. Désormais surnommé TGV en référence aux initiales de son association politique, mais aussi à la vitesse à laquelle il a été propulsé à la tête de la capitale à seulement 33 ans, Rajoelina appelle à la grève générale en janvier 2009. S’ensuivent des manifestations qui dégénèrent en émeutes et en pillages, contraignant Marc Ravalomanana à confier le pouvoir à un directoire militaire qui le transfère directement à Andry Rajoelina lequel devient le président de la Haute Autorité de transition (HAT) en mars 2009.

Marc Ravalomanana part immédiatement en exil en Afrique du Sud. Il est condamné par contumace en août 2010 aux travaux forcés à perpétuité. Il fait son retour dans son pays natal en octobre 2014, quelques mois après l’élection de Hery Rajaonariampianina. Mis en résidence surveillée, il retrouve sa liberté de mouvement au bout de quelques mois et surtout, il relance son groupe industriel, Tiko, spécialisé dans les produits laitiers. L’actuel régime de Hery Rajaonarimampianina, inquiet de voir l’ancien chef de l’État se reconstituer un trésor de guerre, ordonne la fermeture de l’une de ses usines fin 2017. Ce qui n’empêche pas Marc Ravalomanana de continer à vendre ses produits dans tout le pays : les supermarchés, inquiets de représailles de la part du gouvernement, n’osent pas distribuer la marque Tiko, laquelle est en revanche présente dans les épiceries.

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