Le défi des déplacés internes au menu du prochain sommet de l’Union africaine

Le défi des déplacés internes au menu du prochain sommet de l’Union africaine
Vue aérienne du camp Baraak Iyaash des déplacés internes, à Baidoa en Somalie.
© Crédit: NRC/Nashon Tado

Votre rapport intermédiaire sur les déplacements internes dans le monde en 2018 propose une première approche de l’évolution de ce phénomène pendant l’année écoulée. Comment la situation a-t-elle évolué en Afrique ?

L’Afrique représente un peu plus de 16% de la population mondiale, mais elle compte un tiers des populations déplacées, composées de 6,3 millions de réfugiés et demandeurs d’asile politique et 14,5 millions de personnes déplacées à l’intérieur du continent. Les chiffres provisoires que nous avons publiés dans notre rapport intermédiaire pour l’année 2018 démontrent que le continent africain représente plus de la moitié des 8,5 millions de nouveaux déplacés internes que compte la planète. Dans le peloton de tête des dix pays du monde les plus touchés par le phénomène en 2018, six sont africains. L’Ethiopie coiffe la liste avec 1,4 million de déplacés suite à l’éclatement de violences intercommunautaires dans la zone administrative de Guji ouest, en région Oromia et dans la zone de Gedeo.

La dégradation de la situation en Ethiopie aurait pris apparemment vos analystes au dépourvu. Pourquoi ?

Depuis quelques mois l’Ethiopie fait la une des journaux à cause de la nomination à sa tête d’un Premier ministre réformateur, issu lui de la communauté Oromo qui a été au cours des dernières années à la pointe de la contestation politique. Aujourd’hui la situation a changé avec les Oromo accusés à leur tour d’être à l’origine des violences qui ont fait plus d’un million de déplacés. Ceux-ci sont venus s’ajouter aux Ethiopiens obligés de fuir leurs habitations à cause des inondations qui dévastent depuis deux ans plusieurs régions en Ethiopie.

Alexandra Bilak est la directrice de l’IDMC (Internal Displacement Monitoring Center), basé à Genève. © IDMC

Quels sont les autres pays africains qui figurent dans cette liste des 10 pays les plus touchés par le problème de déplacés internes ?

Les autres pays subsahariens sont : la République démocratique du Congo, le Nigeria, la Somalie, le Centrafrique et le Sud-Soudan. L’augmentation de nouveaux déplacements dans ces pays est le résultat de crises prolongées, opposant des groupes armés entre eux ou des groupes armés à l’armée régulière. Par conséquent, ces Etats ont la malchance de se retrouver régulièrement parmi les pays en peloton de tête de nouveaux déplacés. Par ailleurs, cette année, plusieurs pays de la Corne de l’Afrique, notamment le Kenya, la Somalie, l’Ethiopie et l’Ouganda, ont également été victimes d’inondations et de sécheresse, entraînant des déplacements de leurs habitants en très grand nombre.

L’UA a proclamé 2019 comme l’année des migrants et déplacés internes. Cela signifie-t-il pour vous que le continent a enfin décidé de prendre ce problème à bras le corps ?

La sensibilité des décideurs africains à cette question ne date pas d’aujourd’hui. L’Afrique célèbre cette année le dixième anniversaire de l’adoption de la Convention de Kampala. Instrument juridiquement contraignant, cette Convention qui a été adoptée le 6 décembre 2009, prévoit pour la première fois une réponse à la fois politique, logistique et financière à la question brûlante de déplacés sur le continent. Quarante des 55 Etats de l’UA ont depuis signé cette convention et 27 pays l’ont ratifiée. Le sommet de l’UA consacré à la question des déplacés internes, dix ans après l’adoption de la Convention, permettra de faire le point sur les obstacles institutionnels, politiques ou financiers qui entravent la pleine mise en œuvre de cette dernière.

Quelles solutions préconisent les analystes de l’IDMC que vous dirigez pour surmonter ces obstacles ?

Ces solutions passent bien entendu par les réponses humanitaires qui nécessitent plus d’investissements financiers par les pays eux-mêmes comme par la communauté internationale. Nous sommes convaincus à l’IDMC que notre échec collectif à prendre à bras le corps la problématique des personnes déplacées internes aura des implications majeures, pas seulement pour les individus, les familles ainsi que les communautés touchées par ce phénomène, mais aussi pour la stabilité à long terme des pays concernés. Cette question des déplacés internes est étroitement liée à d’autres problèmes auxquels ces Etats font face, tels que la pauvreté, les inégalités, la paix, ou encore l’urgence des menaces environnementales. C’est pourquoi nous préconisons que la stratégie mise en place par les Etats pour faire face au défi des déplacés internes ne soit pas déconnectée de leurs priorités inscrites dans les plans nationaux de développement à moyen comme à long terme.

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