Chine-Etats-Unis : guerre commerciale, technologique et stratégique

mediaLe vice-Premier ministre Liu He sur le perron des bureaux de l’USTR, non loin de la Maison Blanche, le 10 mai 2019.REUTERS/Clodagh Kilcoyne

Américains et Chinois ont poursuivi leurs discussions ce vendredi 10 mai, à Washington, pour tenter de trouver une sortie au conflit commercial qui les oppose depuis plus d’un an. Les deux premières économies mondiales s’affrontent pour dominer l’économie planétaire. Mais il s’agit aussi d’une guerre technologique féroce, sur fond d’accusations d’espionnage et de pillage intellectuel.

Pour les Américains comme pour les Chinois, sur le terrain technologique, le premier enjeu est de conserver une indépendance stratégique, et de combattre les tentatives d’espionnage et de pillage des données.

Les États-Unis viennent ainsi d’interdire leur marché à l’opérateur téléphonique China Mobile, au nom de la « sécurité nationale », ce qui a suscité la vive et vaine indignation de Pékin. Ce même motif est également invoqué par Washington pour l’exclusion de Huawei dans le développement de la 5G. Ces deux groupes sont réputés proches des services de renseignements chinois. Washington a même lancé une vaste campagne internationale pour tenter de dissuader ses alliés de recourir aux services de Huawei pour le développement de leur réseau 5G, menaçant même ses partenaires militaires au sein de l’Otan de ne plus échanger d’informations avec eux.

Le numéro un mondial des drones civils, le chinois Dji, est lui aussi accusé par les États-Unis d’espionnage, qu’il s’agisse de sites stratégiques ou d’entreprises : l’armée américaine a donc choisi de ne plus les utiliser. Quant au groupe téléphonique chinois ZTE, après plusieurs rebondissements, il a finalement été autorisé à continuer d’opérer aux États-Unis, à condition d’accepter la tutelle d’agents américains dans ses bureaux pendant dix ans.

Enjeux économiques, stratégiques et militaires

 « Les Chinois montent en puissance sur les technologies de l’information et de la communication, explique Sylvie Matelly, économiste et directrice adjointe de l’Ifri (Institut français des relations internationales), or ce sont des moyens de faire de l’espionnage. La force des entreprises qui travaillent dans ces secteurs, c’est qu’elles détiennent une information qui a une valeur non seulement économique et financière, mais aussi stratégique. Qu’il s’agisse d’une information sur votre vie privée, via les réseaux sociaux, ou d’informations beaucoup plus stratégiques sur les pouvoirs publics ou les entreprises. Nous sommes donc aussi très clairement dans ce type de guerre : qui va avoir les moyens et les technologies demain de capter un maximum d’informations ? Ces informations sont également une source de supériorité militaire, donc c’est aussi cela qui se joue dans la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine aujourd’hui ».

GPS vs Beidou

Les Chinois ne sont pas en reste : afin, à terme, de se passer du système américain de géolocalisation GPS, « Global Positioning System » , pour « système de positionnement global », Pékin développe son propre système, nommé Beidou, « La Grande Ourse », qui devrait être pleinement opérationnel dès l’année prochaine. L’enjeu est également économique : Pékin cherche à vendre cette technologie à d’autres pays, dans le cadre notamment de son programme international des « Nouvelles routes de la soie ». Un programme commercial monumental qui permet à Pékin de vendre une multitude de projets industriels de par le monde. Dans le domaine du paiement bancaire, les géants américains comme Visa, Master Card ou American Express sont pénalisés en Chine par une législation très contraignante, au profit des acteurs nationaux, Aliplay, WeChat, UnionPay.

«Fabriqué en Chine»

Le développement industriel et technologique de la Chine, c’est d’ailleurs l’objectif d’un autre programme gouvernemental, baptisé « Fabriqué en Chine 2025» , avec un objectif d’autosuffisance technologique de 70% pour ses matériaux et composants clefs, dans des secteurs comme la robotique, les véhicules électriques, les télécoms ou encore les biotechnologies. Un plan jugé « effrayant» par Washington, et qui a considérablement contribué à tendre les relations entre les deux puissances économiques.

Si les prétentions de domination économique, de développement technologique et de sécurité sont communes aux deux parties, Chine et États-Unis, on peut ajouter un objectif plus spécifique à l’Empire du Milieu : celui de contrôler ses citoyens et de limiter la liberté d’expression. Les géants mondiaux du numérique et des réseaux sociaux tels que Facebook, Google, Amazon ou Apple sont interdits en Chine. Ils y sont remplacés par des acteurs nationaux, Baidu, Alibaba, Tencent ou encore Xiaomi, qui sont eux-mêmes devenus des géants aux prétentions mondiales.

Brevets

La question des brevets et de la propriété intellectuelle est également sensible, Washington accusant Pékin de pillage. « Les États-Unis, comme l’Union européenne d’ailleurs, critiquent depuis très longtemps la Chine, confirme la chercheuse Sylvie Matelly de l’Ifri, parce que la Chine copie les technologies occidentales et a une tendance au plagiat pour développer ses propres technologies. Les Américains et les Européens font donc pression sur la Chine depuis plusieurs années pour qu’elle mette en place un mécanisme qui permette un meilleur respect de la propriété intellectuelle. Par exemple, pour les entreprises étrangères qui investissent dans des entreprises chinoises. Le paradoxe de cette situation, c’est qu’elle apparaît au grand jour au moment même où les Chinois sont en train de changer de position, parce qu’ils se retrouvent aujourd’hui avec des technologies qui sont leurs propres innovations et qu’ils veulent eux-mêmes protéger».

En effet, ce sont actuellement les États-Unis qui déposent, au total, le plus de brevets dans le monde, mais ce sont bien deux entreprises chinoises qui occupent les deux premières places. Des entreprises bien connues des Américains, puisqu’il s’agit justement de Huawei puis de ZTE, suivies par l’Américaine Intel. L’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle estime  d’ailleurs que la Chine pourrait dépasser les États-Unis, pour le total des brevets déposés, dès 2020.

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