Libye: des missiles vendus par les États-Unis à la France découverts dans un ancien camp d’Haftar

Le Figaro – Quatre missiles antichars Javelin appartenant à la France ont été retrouvés dans une ville récemment reprise à l’armée du maréchal Haftar, à l’origine du lancement, en avril, d’une offensive contre la capitale libyenne. Paris reconnaît l’origine des armes mais dément tout transfert à des «forces locales».

L’information grossira certainement le flot de critiques visant depuis plusieurs mois la politique libyenne de la France, accusée de soutenir le camp de Khalifa Haftar. Selon une information du New York Times , quatre missiles antichars américains vendus à la France ont été retrouvés dans un camp militaire au sud de Tripoli repris lors d’un raid par les forces du «gouvernement d’union nationale» (GNA) à l’«Armée nationale libyenne» (ANL) du maréchal libyen.

La découverte de ces armes avait été révélée par le GNA dès le 29 juin, mais leur origine était restée incertaine, jusqu’à ce que le département d’État identifie les numéros de série.

Le ministère français des Armées a reconnu mercredi 10 juillet que «les missiles appartenaient effectivement aux armées françaises». «Ces armes étaient destinées à l’autoprotection d’un détachement français déployé à des fins de renseignement en matière de contre-terrorisme», affirme le ministère des Armées, qui confirme ainsi la présence de forces françaises sur le territoire libyen tout en précisant que ces missiles «n’ont pas été transférées à des forces locales».

Le transfert de telles armes seraient doublement illégal, au regard de l’embargo contre la Libye sur les armes voté en 2011 à l’ONU mais aussi du contrat passé avec les États-Unis lors de l’achat des missiles.

Il s’agit en effet de missiles antichars américains Javelin, des armes sophistiquées réservées aux plus proches alliés de Washington et dont le coût atteint les 170.000 dollars l’unité. En 2010, Paris en a acquis 260 auprès des États-Unis pour les utiliser en Afghanistan, les traditionnels missiles Milan français n’étant alors plus adaptés. Les Javelin étaient donc une solution provisoire en attendant le nouveau missile tactique de MBDA déployé en 2017.

Ce mercredi, le ministère français des Armées a précisé que ces munitions, «endommagées et hors d’usage», étaient «temporairement stockées dans un dépôt en vue de leur destruction», Paris n’expliquant pas pour autant comment elles ont fini dans ce camp militaire tenu par les forces d’Haftar. Le New York Times s’étonne d’ailleurs de l’explication française, relevant que la ville de Garian, où ont été retrouvées les armes, était le quartier général de la dernière campagne militaire du maréchal libyen, qui a entrepris début avril 2019 une opération pour prendre la capitale Tripoli, tenue par le «gouvernement d’union nationale».

Reconnu par l’ONU mais n’exerçant son autorité que sur une portion congrue du territoire libyen, ce dernier est à ce jour largement contrôlé par Haftar, qui s’est à l’origine implanté dans l’est du pays.

Soutien français au maréchal Haftar

«Les forces spéciales françaises déployées en Libye sont en grande partie basées dans l’est, loin de Tripoli», remarque le quotidien américain qui fait ici référence à l’engagement de la France aux côtés de l’ANL, notamment dans sa lutte contre l’État islamique et les groupes djihadistes qui pullulent en Libye depuis la chute du colonel Kadhafi, provoquée par l’intervention occidentale de 2011 à laquelle Paris a participé activement.

Des forces spéciales françaises ont notamment aidé les forces d’Haftar lors de la bataille de Benghazi, où siège aujourd’hui le maréchal libyen. En 2016, le président François Hollande avait reconnu la mort de trois membres des forces spéciales tuées dans un accident d’hélicoptère au cours d’une «opération de renseignement dangereuse». Quelques jours avant, une milice islamiste avait déclaré avoir abattu un hélicoptère à 45 kilomètres au sud de Benghazi.

Les troupes du «gouvernement d’union nationale» qui ont repris Garian ont également retrouvé des drones de fabrication chinoise et des obus de 155 mm contenus dans des boîtes portant des marques émiriennes, ce qui a d’abord conduit les Américains sur la piste de missiles Javelin vendus aux Émirats Arabes Unis, qui ont démenti tout transfert, et non à la France. Avec l’Arabie Saoudite et l’Égypte, Abou Dhabi est le premier soutien du maréchal Haftar en Libye alors que le Qatar et surtout la Turquie soutiennent au contraire des factions islamistes qui appuient quant à elles le «gouvernement d’union nationale».

De son côté, la France entend depuis le début du conflit parler à tous les acteurs libyens mais plusieurs pays, notamment l’Italie, lui reprochent son soutien au maréchal Haftar.

Par Alexis Feertchak, AFP agence

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