ven. Juil 1st, 2022

Les traces de l'Info

L'INFO dans la diversité

Mauritanie : ça y est Le Président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani investi

 La prestation de serment de l’ex-général Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani a consacré, en Mauritanie, le premier passage de relais de son histoire entre deux présidents élus, après 11 ans de pouvoir de Mohamed Ould Abdel Aziz. Sous les yeux de quelque 5.000 invités et de son prédécesseur, qui en avait fait son dauphin, El Ghazouani, vainqueur de la présidentielle le 22 juin, a été investi par le chef du Conseil constitutionnel lors d’une cérémonie à Nouakchott.

L’homme de 62 ans, au crâne rasé et à la silhouette ascétique, réputé pour sa discrétion et ses bonnes manières a solennellement déclaré « Je jure de remplir mes fonctions en toute impartialité et dans le respect des lois et de la Constitution », en prenant la tête d’un pays secoué par de nombreux coups d’Etat de 1978 à 2008.

El Ghazouani a affirmé être « le président de tous » les Mauritaniens et a rappelé que la sécurité du pays était sa priorité, promettant de « renforcer les capacités de l’armée ». Il s’est également engagé à lutter contre les disparités sociales à travers des « programmes de développement ciblant les plus faibles et les couches marginalisées » de la population. Une allusion aux disparités persistantes entre communautés arabo-berbère, haratine (descendants d’esclaves de maîtres arabo-berbères) et afro-mauritanienne, généralement de langue maternelle d’ethnies subsahariennes.

Onze chefs d’Etat africains étaient présents, dont le sénégalais Macky Sall et les présidents des pays partenaires de la Mauritanie au sein du G5 Sahel (Mali, Niger, Burkina Faso et Tchad), engagés à ses côtés dans la lutte contre le jihadisme. Les Etats-Unis étaient représentés par le conseiller en Energie et Investissements de Donald Trump, John Deaver Alexander, alors que de prometteurs champs gaziers doivent entrer en phase d’exploitation dans les prochaines années dans le sud du pays. Le président français Emmanuel Macron, qui s’est entretenu par téléphone lundi avec El Ghazouani, était représenté par le président de la commission de la Défense nationale et des Forces armées de l’Assemblée nationale, le député Jean-Jacques Bridey.

Le chef de l’Etat sortant, Mohamed Ould Abdel Aziz, arrivé au pouvoir par un putsch en 2008 puis élu en 2009 et réélu en 2014, s’est réjoui de laisser le pays « en de bonnes mains », louant les « qualité morales intrinsèques » de son ancien dauphin. Il quitte la présidence après avoir stabilisé la Mauritanie, frappée dans les années 2000 par des attentats jihadistes et des enlèvements d’étrangers, en menant une politique volontariste. Ancien chef d’état-major (2008-2018), El Ghazouani est considéré comme le principal artisan de la mise en œuvre de cette politique au sein de l’armée et des services de sécurité. Sous l’égide des deux hommes, la Mauritanie n’a plus subi d’attentat jihadiste depuis 2011.
Amnesty International a réclamé, jeudi, que le nouveau président « prenne des mesures pour mettre fin au fléau de l’esclavage et protéger les défenseurs des droits de l’homme contre les arrestations arbitraires, la torture et autres traitements inhumains ». En signe d’apaisement, Nouakchott a libéré lundi un blogueur incarcéré depuis plus de cinq ans. Initialement condamné à mort pour apostasie, Mohamed Cheikh Ould Mkheïtir a quitté le pays dès sa libération.
El Ghazouani avait remporté la présidentielle dès le premier tour avec 52% des suffrages. Sa victoire, rapidement saluée par la France, le Maroc, l’Algérie ou encore le Mali, a, en revanche, été contestée par l’opposition, dont les recours ont été rejetés par le Conseil constitutionnel.