Mauritanie : Un nouvel ouvrage sur l’islamologue Mahmoud Bâ

Alakhbar « Al hajji Mahmuud Bah, Jowol » est l’intitulé du nouvel ouvrage en langue Peul qui retrace les vies et œuvre de cet l’islamologue mauritanien.

Un livre de 134 pages de l’Enseignant-chercheur et Ecrivain Poète Ndiaye Saidou Amadou.

L’ouvrage présente Mahmuud Bah comme le deuxième fils de Kummba Ummu et d’Umaar Daali Bah, appelé Sammba Kummba de son nom d’enfance, serait né vers 1906 à Jowol dans une famille d’éleveurs. Très tôt, comme tout jeune pasteur, il fut initié au gardiennage du bétail, activité qu’il exerça durant toute son adolescence.

A l’âge de 16 ans, Mahmuud Bah perdit son œil gauche et devint borgne des suites d’un accident ou d’une maladie. Dés lors, il jura, pour le reste de sa vie, de changer le cours de son destin en traquant le savoir et en le dénichant partout.

On ne l’appellerait donc pas du sobriquet de« berger borgne » mais plutôt de celui du savant borgne. Le savoir, a-t-il dit, confère le pouvoir et dissimile le handicap physique.

Ainsi, pour être au rendez-vous du destin, Mahmuud Bah vendit une partie de son troupeau et se rendit à Weendu Boosoyaaɓe auprès d’un marabout de renom Umaar Daawda Jah pour recevoir la première initiation du saint coran. Mahmuud Bah ne tarda pas à s’illustrer. Il combina vigueur, ardeur et persévérance.

En quatre ans, il acheva la récitation du livre saint et entama l’interprétation du coran, l’étude de la grammaire, de l’orthographe de la langue arabe et la traduction du texte coranique dans sa langue maternelle, le Pulaar.

Quelques temps après, Mahmuud Bah sollicita de son maître la permission d’aller « conquérir » d’autres foyers de savoir. Avec l’accord du Tout-puissant, il prit un matin le chemin du nord et alla s’inscrire en 1924 à l’université de Letfetar près de Moudjeria dans le Tagant.

Dans sa conquête du savoir, il fit un bref passage à Ɓoggee dans l’intention de rencontrer l’un des plus grands érudits du FuutaTooro de l’époque, l’éminent cadi Aamadu Muktaar Saako pour solliciter conseils et bénédictions.

A l’université de Letfetar, Mahmuud passa quatre ans auprès d’un prestigieux maître du nom d’Abdu Fattah Atturkizi. Au terme de ces quatre ans, il obtint son ijaaza, diplôme délivré à la fin des études dans les écoles coraniques.

Nourri d’une forte ambition, assoiffé du savoir, et doté d’une rare volonté, il étendit sa quête du savoir à Chinguitti puis à Tidjikja pour parfaire ses connaissances de la charia islamique avant d’entreprendre son voyage au Machrek arabe, pays de grands océans de sciences et des lieux saints, l’Arabie Saoudite.

Le voyage d’Arabie Saoudite ne fut pas des plus faciles bien que n’étant pas seul. Il était accompagné d’un autre étudiant du nom d’Aamadu Muktaar qu’il avait connu àTidjikja (A ne pas le confondre avec le professeur Aamadu Muktaar Saako).

Ils firent tout le trajet, d’Afrique en Asie à pieds bravant les malfaiteurs et bêtes sauvages, défiant la faim, la soif, la fatigue et les maladies. Après avoir fait un long trajet, Aamadu Muktaar renonça au voyage et Mahmuud Bah continua seul.

Mahmuud Bah se rendit successivement à Koulikoro, Ségou, Mopti et à Niamey au Niger, puis continua sur Fort Lamy, actuelle ville de N’djamena, capitale du Tchad. En ce temps, le pays n’était pas accessible du tout. En plus de la famine qui y régnait, les routes étaient hantées de brigands et de fauves.

Après un séjour de douze ans en Arabie Saoudite, Alhajji Mahmuud Bah revint en Afrique à la fin de ses études en 1939. Sur le chemin de retour, il rencontra quelques difficultés en entrant au Niger en provenance du Nigéria pour cause de soupçons que l’administration coloniale portait sur lui.

En plus d’avoir duré en Arabie Saoudite et de maîtriser de l’arabe, Mahmuud Bah revenait chargé de bagages dont une quarantaine de mallettes contenant chacune soixante kilogrammes de livres (documents) et autres articles. « Alhajji Mahmuud Bah n’est-il pas un émissaire à la solde d’Arabie Saoudite venu arroser les jalons du wahabisme plantés en Afrique de l’Ouest » se demandait l’administration coloniale.

Ainsi il fut arrêté, déféré à Niamey et son chargement confisqué, en attendant de vérifier sa nationalité. Il fit une année à la prison civile de Niamey avant d’être transféré au Commissariat central de Dakar via Ouagadougou, Boobo Dioulasso et Bamako.

Il fut ensuite envoyé à Saint-Louis, la capitale de l’AOF (Afrique Occidentale Française) où le gouverneur le mit dans un navire avec une escorte et l’expédia au gouverneur de Kayhayɗi. Ce dernier le confia au cadi de Kayhayɗi Ceerno Usmaan Bah qui, à son tour l’envoya à Jowol, son village natal.

Sans attendre, Mahmuud Bah ouvrit en 1941 la première Ecole Alfalaah à Jowol. Certains notables du village et des villages voisins vinrent à son aide et formèrent un comité d’appui à ses activités. Il conçut un système éducatif avec un programme et un emploi du temps sur le modèle de l’école moderne. Il ouvrit également un internat pour éviter aux élèves de mendier leur nourriture et recommanda la pratique du sport et de la gymnastique à tous les apprenants.

Les échos de l’école retentirent et attirèrent l’attention hostile des représentants de l’administration coloniale et de certains chefs religieux locaux. Pour ne pas exposer Jowol au procès injuste des détenteurs des pouvoirs locaux, Alhajji Mahmuud transféra les 150 élèves que comptait l’école à Dakar sous le nez même de l’administration coloniale.

Alhajji Mahmuud Bah déplaça l’école de nouveau à Kayes en République du Mali à la demande des commerçants maliens très puissants.

L’école connut un très grand succès avec de nombreuses extensions. Les élèves venaient de partout, du Sénégal, de la Mauritanie, de l’intérieur du Mali et même de la Guinée.

A la lecture de la situation, Alhajji Mahmuud Bah se résolut d’envoyer les élèves ayant le niveau du certificat élémentaire primaire pour poursuivre leurs études au Moyen-Orient. Il se mit à chercher des bourses.

C’est ainsi qu’en 1952, il emmena avec lui quinze étudiants et vingt et un pèlerins qui se rendaient à la Mecque à bord de deux véhicules qu’il avait achetés, lui-même, et pour les circonstances.

En Afrique de l’Ouest, l’administration coloniale et ses alliés cherchèrent par tous les moyens à faire revenir les étudiants. Pour certains, Alhajji Mahmuud Bah était devenu un esclavagiste chevronné, vendeur d’esclaves.

Donc tous ceux qui étaient partis avec lui seraient vendus comme esclaves sur les marchés d’Egypte ou d’Arabie Saoudite. Pour d’autres, il cherchait à former des militaires aguerris dans l’intention de revenir combattre l’occupation coloniale et ses acolytes.

L’administration comprit qu’il y avait une part de manipulation dans les informations qu’elle recevait sur les agissements d’Alhajji Mahmuud Bah et commença à changer d’attitude à son égard.

Cependant elle avait interdit tout voyage d’étudiants en Orient de peur que ceux-ci n’en revinssent avec des idéologies arabes qui finiraient par se propager en Afrique. C’est ce qui justifierait d’ailleurs la création de l’institut arabe de Butilimiit en 1953.

Au premier jour de l’an 1978, Mahmuud Bah organisa une grande rencontre regroupant ses disciples et ses détracteurs confondus. Il présenta aux premiers des remerciements et des félicitations pour le service rendu, la loyauté et l’indéfectible soutien à la noble mission.

Aux seconds, il présenta ses humbles excuses du fait qu’ils se seraient sentis offensés, dans leurs rapports par son attitude ou par ses propos. Et trois jours après, il fit ses adieux pour le voyage éternel au royaume de ses ancêtres, le 4 janvier 1978.

Auteur du livre, Ndiaye Saidou Amadou, Enseignant-chercheur et Ecrivain Poète.

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