Au Sahel, la France veut éviter la contagion djihadiste en protégeant le verrou burkinabé

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Les autorités de Ouagadougou sont peu enclines à intensifier leur collaboration avec Paris malgré les faiblesses criantes de leurs forces de sécurité.

 

Un soldat de la mission Barkhane, en 2017, au Mali. Mi-septembre 2019, la force française de lutte antiterroriste au Sahel est intervenue au nord du Burkina Faso à la demande des autorités pour sécuriser la ville de Djibo, menacée par des groupes armés.
Un soldat de la mission Barkhane, en 2017, au Mali. Mi-septembre 2019, la force française de lutte antiterroriste au Sahel est intervenue au nord du Burkina Faso à la demande des autorités pour sécuriser la ville de Djibo, menacée par des groupes armés. DAPHNE BENOIT / AFP

Il faut lire entre les lignes du « point de situation des opérations » publié le 23 septembre sur le site du ministère français des armées pour mesurer l’inquiétude de Paris. « Du vendredi 13 au lundi 16 septembre, la force [française de lutte antiterroriste au Sahel] “Barkhane” a participé à une opération de renforcement du camp de Djibo, est-il écrit. Un détachement a été mis en place pour soutenir les unités des forces armées nationales du Burkina Faso déployées à Djibo, verrou important entre le nord du pays et la capitale Ouagadougou. »

La réalité est bien plus alarmante. Sans l’arrivée d’une soixantaine de militaires français héliportés par des engins mis à disposition par l’armée anglaise, cette grande ville du nord « menaçait tout simplement de tomber ou tout au moins de subir une attaque majeure de la part de groupes armés », nous affirme une bonne source. Les soldats français ont sécurisé la ville et permis l’acheminement de 150 soldats burkinabés en renfort.

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C’est la première fois que « Barkhane » intervient aussi massivement dans le pays, à la demande des autorités locales. Jusqu’alors, mis à part quelques opérations ponctuelles, les 4 500 soldats de la force française concentraient leurs actions sur le Mali voisin. Ouagadougou, à l’écoute d’une partie de son opinion publique, ne semble en effet pas très pressée d’intensifier sa collaboration avec la France malgré les faiblesses criantes de ses forces de sécurité.

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Selon une source française, les autorités burkinabées bloquent ainsi depuis dix-huit mois l’installation de coopérants français dans ses états-majors. Le sujet est politiquement sensible. Le 16 septembre, le meeting conjoint des syndicats et de la société civile pour dénoncer l’insécurité et la mauvaise gouvernance s’est conclu par un appel « au départ pur et simple des troupes françaises du Burkina Faso ». « Condition indispensable pour vaincre les terroristes », expliquait le secrétaire général de la Confédération générale du travail du Burkina (CGTB), Bassolma Bazié. Il y a là une part de l’héritage de Thomas Sankara, ancien leader charismatique, révolutionnaire et anti-impérialiste du Burkina (1983-1987), remis au goût du jour depuis la chute de son tombeur Blaise Compaoré en 2014.

Adapter la stratégie

La menace des groupes armés a pourtant largement sauté par-dessus la frontière malienne qui n’est qu’administrative. Et c’est bien le problème. « Le Burkina Faso est un verrou régional », explique Alpha Barry, ministre burkinabé des affaires étrangères. S’il saute, ce sont, plus au sud, les pays du golfe de Guinée qui seront exposés. La Force conjointe du G5 Sahel (FC-G5S), associant depuis 2015 des militaires de Mauritanie, du Mali, du Niger, du Burkina Faso et du Tchad, n’a pas encore démontré sa capacité à lutter contre les groupes criminels organisés ni les djihadistes. Ce qui provoque l’impatience et l’inquiétude de ses partenaires occidentaux mais également des pays situés au sud du Sahel, qui craignent d’être à leur tour contaminés.

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