Selon une nouvelle étude, le Botswana serait la première « patrie » d’Homo sapiens sapiens

Le Monde avec AFP

Grâce à des tests ADN, des chercheurs pensent avoir isolé un ancêtre commun dans la région aujourd’hui désertique du Kalahari.

 

Vanessa Hayes, auteure principale de l’étude, et le chef |kun |kunta, en Namibie, le 6 février 2019.
Vanessa Hayes, auteure principale de l’étude, et le chef |kun |kunta, en Namibie, le 6 février 2019. Handout . / VIA REUTERS

Une nouvelle pièce au puzzle de l’évolution humaine : la première « patrie » de l’homme moderne vient d’être localisée dans le nord de l’actuel Botswana, où notre ancêtre commun aurait vécu il y a 200 000 ans avant de migrer 70 000 ans plus tard, selon une étude publiée lundi 28 octobre dans la revue Nature.

Remontant aux racines de notre arbre génétique, l’étude affirme avoir localisé pour la première fois la « patrie ancestrale » de l’homme moderne, Homo sapiens sapiens. « Nous savons depuis longtemps que l’homme moderne était apparu en Afrique il y a environ 200 000 ans. Mais nous ignorions jusqu’ici où se situait précisément cette patrie », a déclaré Vanessa Hayes, auteure principale, lors d’une conférence de presse.

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L’équipe de chercheurs a fondé ses travaux sur la généalogie génétique, qui permet de tracer des modèles de migrations. Elle a analysé 200 génomes mitochondriaux, marqueurs génétiques de la généalogie maternelle, prélevés sur des populations vivant actuellement en Namibie et en Afrique du Sud, une région d’Afrique depuis longtemps considérée comme étant l’un des berceaux de l’homme moderne.

« Nous étions tous des Khoïsan »

Les tests ADN ont révélé la présence rare du plus ancien lignage génétique maternel, appelé « L0 », encore porté par ces populations. « En observant ce lignage, nous nous sommes demandé d’où venaient ces personnes, où vivaient-elles ? Nous avons donc étudié la dispersion géographique de ce lignage, explique à l’AFP Vanessa Hayes. Nous avons fait des analyses spatiales pour remonter le temps, car à chaque fois qu’une migration intervient, c’est enregistré dans notre ADN, qui change. Il est comme une horloge de notre histoire. »

En comparant les génomes, les chercheurs ont réussi à isoler un ancêtre commun qui était un ancien Khoïsan, peuple de chasseurs-cueilleurs vivant toujours aujourd’hui. Selon l’étude, tous les hommes vivant actuellement en Afrique et hors d’Afrique partagent ce même ancêtre. « Je crois que nous étions tous des Khoïsan à un moment donné », affirme Vanessa Hayes. Ces Khoïsan, première communauté humaine moderne, auraient vécu dans la même région pendant 70 000 ans sans en bouger. Comme le sait-on ? Parce que le génome est resté identique, sans diverger, d’environ 200 000 à 130 000 ans avant Jésus-Christ

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La communauté aurait prospéré dans cette région du Kalahari, grande comme la Nouvelle-Zélande, située au sud du fleuve Zambèze, qui part de l’actuelle Namibie, traverse le nord du Botswana et va jusqu’au Zimbabwe. Aujourd’hui désertique, le Kalahari était à l’époque humide, verdoyant et luxuriant. Des analyses géologiques combinées à des modèles climatiques ont montré qu’il abritait un immense lac, deux fois grand comme le lac Victoria, appelé Makgadikgadi, disparu depuis.

Un mode de vie ancestral

Le climat a ensuite commencé à changer à la faveur d’une « modification de l’orbite terrestre », détaille Axel Timmermann, océanographe co-auteur de l’étude. Le lac s’est disloqué, la région s’est peu à peu asséchée et les populations ont commencé à migrer, via des « corridors verts », en direction du nord-est puis du sud-ouest. Ces premiers départs ont ouvert la voie à la future migration des hommes modernes hors d’Afrique.

Mais certains sont restés, s’adaptant à la sécheresse. Leurs descendants y vivent toujours et sont restés chasseurs-cueilleurs. Du fait de ce mode de vie ancestral, Vanessa Hayes se doutait que ces Khoïsan portaient en eux cet ancien lignage. Autre signe : ils parlent un langage « à clic », qui fait claquer certaines consonnes avec la langue. « Or nous savons que le langage à clic est le plus ancien », souligne la chercheuse.

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« Les Khoïsan qui vivent ici n’ont jamais quitté la patrie ancestrale. Eux savent qu’ils ont toujours été ici, ils se le racontent de génération en génération. Moi, je devais le prouver scientifiquement au reste du monde », se réjouit Vanessa Hayes, qui a mis dix ans à mettre au jour cette généalogie génétique. « C’est comme si on regardait un grand arbre dont les Européens et les Asiatiques seraient des toutes petites branches au sommet », conclut-elle.

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