Face à la crise sociale, le président chilien accepte de modifier la Constitution

Le Monde avec AFP

C’est l’une des revendications des manifestants qui protestent depuis trois semaines contre le gouvernement. Parmi les modifications envisagées : « une meilleure définition des droits de la personne ».

Un manifestant dans les rues de Santiago.
Un manifestant dans les rues de Santiago. PABLO SANHUEZA / REUTERS

Ce geste parviendra-t-il à apaiser la crise sociale qui secoue le Chili depuis maintenant trois semaines ? C’est en tout cas l’une des revendications principales des manifestants qui protestent contre la politique du gouvernement. Le président chilien Sebastian Piñera a annoncé, samedi 10 novembre, préparer un projet de modification de la Constitution, promulguée sous la dictature d’Augusto Pinochet (1973-1990).

« Je crois que des changements de la Constitution sont légitimes et nous allons en discuter », a déclaré le président dans une interview publiée par le quotidien El Mercurio.

Parmi les modifications envisagées figurent « une meilleure définition des droits de la personne et les modalités pour faire respecter » ces droits. Les amendements prévus précisent également « les obligations de l’Etat » et établissent « de meilleurs mécanismes de participation » citoyenne, a ajouté le président.

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Quelques jours après l’accession en mars 2018 de M. Piñera à la présidence, son gouvernement avait annoncé qu’il ne permettrait pas l’examen d’un projet de loi que la présidente précédente, la socialiste Michelle Bachelet (2014-2018), avait soumis au Congrès pour modifier la Constitution. Le projet y ancrait l’inviolabilité des droits de l’homme, le droit à la santé et à l’éducation, et l’égalité salariale entre hommes et femmes.

Après trois semaines de manifestations massives au cours desquelles 20 personnes ont perdu la vie, le chef de l’Etat a précisé que le projet en cours devrait finalement être discuté en même temps que celui de l’ex-présidente Bachelet et d’autres propositions qui pourraient être faites.

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Une assemblée constituante réclamée

Depuis le début du mouvement de colère sociale déclenché le 18 octobre par l’augmentation du prix du ticket de métro, les protestataires ont dénoncé les inégalités sociales dans les domaines de l’éducation, de la santé et des retraites. Mais des voix ont réclamé aussi une assemblée constituante pour changer la Constitution.

Depuis la dictature, la Constitution a subi plus de 200 modifications dans plus de 40 articles, a rappelé le président. Les modifications doivent faire l’objet d’un débat au Congrès, seule instance compétente pour les valider.

A l’image des marches, organisées via les réseaux sociaux, des citoyens se sont réunis lors de conseils municipaux pour débattre des dispositifs de la future Constitution. Des référendums locaux sur le sujet seront organisés début décembre dans la très grande majorité des communes du pays.

Samedi, les marches de protestation, moins nombreuses et plus calmes que la veille, se sont poursuivies sous une chaleur intense dans la capitale.

Dans le quartier chic de Las Condes, des familles ont défilé sous des drapeaux chiliens et mapuche – principale minorité indienne du pays – en criant le slogan de la protestation sociale : « Chile desperto » (« Le Chili s’est réveillé »).

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Dans le quartier de Providencia, la police a repoussé avec des gaz lacrymogènes des dizaines de manifestants qui protestaient contre les blessures graves subies par un jeune homme touché aux yeux pendant les émeutes.

Des motards ont fait rugir leurs engins devant le palais présidentiel de La Moneda, tandis que des heurts isolés se sont produits sur la Plaza Italia, épicentre des protestations.

Le ministère de l’intérieur a fait annoncé que 400 personnes avaient été arrêtées vendredi et que plus d’une centaine – civils et policiers – avaient été blessées, principalement à Providencia et sur la Plaza Italia, où 75 000 personnes s’étaient rassemblées.

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