– Le combat de la France au Sahel « relève du temps long », estime Florence Parly

 

Le Monde Afrique – Interrogée sur la bataille menée par la France contre les djihadistes au Sahel et sur l’intention du président Emmanuel Macron de réexaminer la stratégie française dans un contexte sécuritaire régional explosif, Florence Parly avance la notion de patience.

« Ce combat-là relève du temps long », a insisté la ministre des armées, dans un entretien publié dans le Journal du dimanche du 1er décembre.

« Toutes les options sont sur la table pour donner toute son efficacité à cette opération majeure contre le terrorisme au Sahel », explique-t-elle, avant d’assister lundi à Paris aux côtés du chef de l’Etat français à une cérémonie en l’honneur des treize militaires tués dans la collision de deux hélicoptères au cours d’une opération de combat, dans le nord-est du Mali.

« Lorsque je me suis rendue début novembre sur place, j’ai pu constater que la situation se dégradait. Les pertes que subissent les armées du Mali, du Burkina Faso et du Niger en témoignent. Mais en même temps, l’opération Barkhane qui accompagne les forces armées africaines remporte des succès. »

La force française Barkhane mobilise 4 500 hommes dans la bande sahélo-saharienne pour lutter contre les groupes armés affiliés au groupe Etat islamique ou à Al-Qaida. Mais malgré six ans de présence ininterrompue, et 41 morts côté français, les violences djihadistes persistent dans le nord du Mali et se sont propagées au centre du pays ainsi qu’au Burkina et au Niger voisins.

« Avoir plus d’Européens en première ligne »

« Cette région se trouve aux portes de l’Europe. Il y a la même distance entre Gao et Paris qu’entre Mossoul et Paris », met en garde Mme Parly. « Notre objectif, c’est aussi d’avoir plus d’Européens en première ligne avec la France et les Etats du Sahel », rappelle-t-elle, alors que Paris ambitionne d’agréger l’an prochain des forces spéciales européennes pour accompagner les armées locales au combat.

« Les Tchèques, les Belges et les Estoniens ont répondu les premiers. D’autres suivront une fois que leur Parlement aura validé leur déploiement », assure-t-elle. « Tous les Européens comprennent que si nous ne faisons rien, nous aurons en face de nous des territoires immenses, délaissés par les Etats, qui deviendront des refuges pour les groupes terroristes affiliés à Daech (acronyme arabe de l’EI) et Al-Qaida », fait valoir la ministre.

Sur le plan régional, Mme Parly affirme que le Tchad « a accepté de se mobiliser davantage sur le fuseau centre dans le cadre de la force conjointe du G5 Sahel », une force militaire régionale (Mali, Burkina, Niger, Tchad, Mauritanie) destinée à lutter contre les djihadistes dans les zones transfrontalières, dont la montée en puissance permettrait à terme à la France de se désengager du Sahel.

De source française, on confirme « la volonté politique » de N’Djamena, tout en indiquant que les modalités d’une intervention tchadienne dans la zone des « trois frontières » (Mali-Burkina-Niger) restent à préciser.

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Mali : il faut « ramener vite à la maison » l’armée française, selon Jean-Luc Mélenchon

Le président du groupe La France insoumise (LFI) à l’Assemblée nationale, Jean-Luc Mélenchon, juge « indispensable de définir les moyens » pour « ramener vite à la maison » les forces françaises déployées au Sahel, dans une tribune publiée dimanche dans le Journal du dimanche.

Dans ce texte signé avec le député Bastien Lachaud, le chef de file des « insoumis » reconnaît toutefois qu’il « est impossible de retirer immédiatement les forces françaises : nos accords de défense nous l’interdisent ». Mais il demande de « travailler à une nouvelle attitude en identifiant les impasses » de la situation actuelle au Sahel.

« Il y a six ans qu’on y est en guerre », rappellent les deux députés LFI. « Nous y avons perdu 44 vies [41 militaires selon le décompte de l’Agence France-Presse], nous y stationnons 4 500 militaires et leur matériel. Sans que le Parlement ne l’ait décidé ni n’en ait débattu une seule fois ! Pourquoi sommes-nous là ? Jusqu’à quand ? », lancent-ils.

« La situation est-elle meilleure (…) ? Les Maliens sont-ils davantage qu’avant en situation de décider de leur destin ? Les Français y sont-ils mieux appréciés ? A ces questions, la réponse est non. L’ensemble des acteurs sur place le reconnaît ; les chercheurs aussi. D’aucuns parlent d’un “désastre” », assènent-ils encore.

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