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Francis Ngannou: «Ce serait un super combat» face à Jon Jones

Le Camerounais Francis Ngannou, après sa victoire face à Jairzinho Rozenstruik, lors de l'UFC 249.
Le Camerounais Francis Ngannou, après sa victoire face à Jairzinho Rozenstruik, lors de l’UFC 249. Jasen Vinlove-USA TODAY Sports

Le 9 mai dernier, Francis Ngannou a remporté sa quatrième victoire expéditive de suite dans la catégorie des poids lourds (heavyweight) de l’Ultimate Fighting Championship (UFC), la plus prestigieuse ligue d’arts martiaux mixtes (MMA). Le Camerounais espère désormais affronter Jon Jones, l’actuel roi des lourds-légers, en attendant que l’UFC lui redonne enfin sa chance pour le titre de champion heavyweight, plus de deux ans après un échec face à Stipe Miocic. Entretien.

RFI : Francis Ngannou, comment vous sentez-vous une dizaine de jours après votre victoire expéditive, en 20 secondes, face au Surinamien Jairzinho Rozenstruik, lors de l’UFC 249 ?

Francis Ngannou : Je me sens très bien. La pression est redescendue. Là, je reviens à mon quotidien où la question récurrente est : « C’est quoi la suite ? » Cette victoire n’a pas empêché ma petite frustration de perdurer. Une frustration qui est de savoir quelle est vraiment ma position [chez les poids lourds de l’UFC, Ndlr]. Il faut rappeler que ce combat était en quelque sorte un truc que l’UFC voulait me mettre sur la gueule pour me distraire. Parce que ce que j’attendais vraiment, à savoir un combat pour le titre, ils ne comptaient pas me le donner tout de suite. Donc, le combat est terminé, avec une victoire par KO. Mais c’est quoi la suite ?

Ça fait effectivement plus de deux ans que vous avez affronté l’Américain Stipe Miocic, actuel tenant du titre, pour la ceinture de champion des poids lourds de l’Ultimate Fighting Championship. Depuis, l’UFC n’a pas paru pressé de vous donner une deuxième chance. Comment expliquez-vous cette situation ?

C’est déjà dû au fait qu’ils ont décidé de faire une trilogie entre Stipe Miocic et Daniel Cormier. Ça, c’est le premier facteur. Après, pour ce qui est du reste, je ne sais pas… Le problème, c’est que l’UFC fait ce qu’elle veut. Il n’y a pas de règles ou de justice. Toi, en tant qu’athlète, tu ne peux que suivre.

À mon avis, après ma victoire contre Junior Dos Santos [en juin 2019, Ndlr], j’aurais dû combattre pour le titre. Mais ils ont dit : « Attendons de voir l’issue du combat entre Stipe et DC. » Moi, j’étais convaincu que, quelque soit l’issue de ce combat, j’allais affronter le gagnant.

Bien entendu, s’ils veulent organiser la trilogie, il n’y a pas de problème : mais qu’ils le fassent après ! Il y a des gens qui attendent. Ça fait deux ans que cette situation dure entre Stipe et DC. Quand est-ce qu’on va s’arrêter ? Ça fait presqu’un an qu’on parle d’un troisième acte. Jusqu’ici, on n’a toujours pas de date.

Daniel Cormier s’est déclaré ouvert à un combat contre vous si Stipe Miocic n’est pas disponible. Pensez-vous que cet affrontement face à Cormier est envisageable ? Ou, au contraire, qu’il n’est pas dans les projets de l’UFC ?

Il a parlé d’une éventualité et pas de quelque chose qui était en pourparlers… Il a dit que si Stipe Miocic n’était pas disponible, il chercherait une autre solution. Je pense que Daniel Cormier aussi doit en avoir un peu marre d’attendre. Nul ne sait encore quand est-ce que Stipe reviendra combattre. C’est ça le problème. On est dans une catégorie de poids où la ceinture de champion est monopolisée pendant un an.  Et ça paraît normal… Alors qu’en tant que concurrent numéro un, je suis affecté par cette situation. D’où ma frustration…

Certains athlètes ont refusé de combattre à cause du Covid-19. Vous, vous avez toujours joué le jeu de l’UFC, qui tentait coûte que coûte d’organiser des combats en dépit de la pandémie et des critiques. Vous attendez-vous à un renvoi d’ascenseur de la part de l’UFC concernant ce fameux  ‘Title Shot’, pour service rendu ?

Moi, j’ai fait ce que je trouvais nécessaire. Je voulais combattre. Ça faisait environ 11 mois que je n’avais pas combattu. Je voulais aussi rééquilibrer un peu ma situation financière. Bref, je voulais être actif ! Avant la pandémie, ça faisait déjà deux mois que je m’entraînais. Du coup, je ne voulais pas que ces deux mois ne servent à rien. Je voulais exploiter cet effort. Voilà pourquoi j’étais toujours partant.

Je n’attends pas un renvoi d’ascenseur de la part de l’UFC. Une fois de plus, l’UFC fait les choses pour elle, à sa façon. […] Je n’attends rien. Ce que j’estime mériter, je ne l’obtiens toujours pas.

Ces derniers mois, vous avez tourné dans un film (Fast And Furious 9) et on vous a vu avec des stars du sport (Shaquille O’Neal, David Beckham, Mike Tyson, etc.). Est-ce que tout ça est le fruit d’une stratégie de communication visant à vous rendre davantage vendeur aux yeux de l’UFC ? Ou est-ce que tout ça c’est un peu fait par hasard ?

(Il rit) Vous pensez qu’en marchant dans la rue, on m’a interpellé pour jouer dans Fast And Furious ? C’est évident que ce genre de truc, on est allé le chercher. Il y a un agent, tu as passé un casting… Le film n’est pas arrivé comme ça.

Pour le reste, j’ai croisé Shaquille O’Neal  à l’UFC Institute un jour, par hasard, comme je croise plein d’autres personnes, comme David Beckham. Là aussi, c’était un hasard. Quant à Mike Tyson, j’ai toujours voulu le rencontrer. Or, on m’avait invité dans son podcast. C’était donc une opportunité pour moi de le rencontrer.

Il est beaucoup question de votre éventuel combat face à Jon Jones, le champion de la catégorie de poids inférieure, celle des lourds-légers. En est-on au simple stade des incitations à travers les réseaux sociaux ? Ou y a-t-il des discussions auxquelles l’UFC participe ?

Pour l’instant, c’est juste qu’on se chauffe un peu. Lui, il a un émis l’idée de passer dans la catégorie des poids lourds. Et, je sais que s’il passe dans cette catégorie, ce sera pour combattre directement pour la ceinture ou un truc comme ça. Ce serait pour prendre ce qui, à mon avis, me revient légitimement. Il faut qu’il me passe dessus, d’abord.

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Pour l’instant, on est juste en train de se titiller un peu. Mais je pense que ce combat aura lieu coûte que coûte. Peut-être pas maintenant, mais à l’avenir oui. Parce que plusieurs personnes ont montré leur intérêt pour ce combat. Et même si l’autre jour j’ai vu une interview de Dana White [le patron de l’UFC, Ndlr] où il disait que « ouais, je ne sais pas, parfois les gens parlent pour parler », l’UFC trouvera de l’intérêt à ce combat.  Donc, une fois de plus, je pense que ça va avoir lieu. Mais, comme je l’ai indiqué sur les réseaux sociaux, il faudra alors que les chiffres soient bien alignés, parce que ce serait un Super Fight !


MMA : Un Francis Ngannou qui ronge son frein à l’UFC

En janvier 2018, Francis Ngannou perdait face à Stipe Miocic pour le titre de champion des poids lourds. Le Camerounais, qui restait alors sur six victoires éclatantes à l’UFC, peinait ensuite à se remettre de cet échec. Celui qu’on surnomme « The Predator » s’inclinait ensuite piteusement face à Derrick Lewis, en juillet 2018. Mais, depuis deux ans, celui qui a débuté les arts martiaux mixtes en 2013 seulement a repris sa marche en avant, pulvérisant ses quatre adversaires suivant dès le premier round.

En dépit de ces résultats sportifs exceptionnels, l’UFC n’a pas redonné sa chance au « Lion Indomptable » pour la ceinture. L’Ultimate Fighting Championship privilégie en effet des affrontements entre Stipe Miocic et une autre icône du MMA, Daniel Cormier. Cormier a gagné le premier acte en novembre 2018, avant que son compatriote ne prenne sa revanche en août 2019.

Depuis, les spéculations vont bon train autour d’un troisième match entre les Américains. Et, du coup, Ngannou doit désespérément attendre son tour. C’est pourquoi un combat face à Jon Jones, roi de la catégorie de poids inférieure (lourds-légers) et qui songe à passer chez les lourds, serait un bon palliatif en attendant un nouveau Title Shot, un combat pour le titre.