sam. Oct 23rd, 2021

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Mamadou Bodian, Docteur en relations internationales: « Pourquoi la France ne va pas quitter le Mali »

le soleila

 La  suspension des opérations militaires conjointes de la France avec les forces maliennes peut compliquer la situation sécuritaire dans ce pays, prévient Mamadou Bodian, Docteur en Relations internationales et en Sciences politiques et chargé de projet au Centre de recherche ouest-africain (Warc).  Toutefois, il est convaincu que la France ne va pas quitter le Mali où elle va préserver ses intérêts.

La France a décidé, jeudi dernier, de suspendre ses opérations militaires conjointes avec les forces maliennes après le second coup d’État du 24 mai dernier perpétré par la junte conduite par le Colonel Assimi Goïta ; ce qui ne constitue pas une surprise pour Mamadou Bodian, Docteur en Relations internationales et Sciences politiques. Suite à l’arrestation des têtes de l’exécutif malien (le Président Bah N’Daw et son Premier ministre, Moctar Ouane), dans des conditions rappelant le putsch du 18 août 2020 contre Ibrahima Boubacar Keïta, le Président français Emmanuel Macron avait déjà menacé d’arrêter sa collaboration avec ce pays. « Ce n’est pas vraiment une surprise parce que c’était annoncé. Cela peut mettre le Mali dans une situation difficile, d’autant plus que la France s’inscrit sur la même ligne que la Cedeao et l’Ua qui avaient déjà suspendu le Mali de leurs instances. Cette suspension peut compliquer la situation sécuritaire dans ce pays en proie à la menace djihadiste », estime M. Bodian. L’État malien perd ainsi son principal soutien pendant que les États-Unis ont annoncé la suspension de leur assistance, constate-t-il. Toutefois, au regard des intérêts économiques de Paris et de son influence à préserver dans la région, Mamadou Bodian, par ailleurs chargé de projet au Centre de recherche ouest-africain (Warc), est convaincu que la « France ne va pas quitter le Mali ». Au-delà de ses intérêts militaires, il y a la sécurisation de ses intérêts économiques ; des facteurs qui font que l’ancienne puissance coloniale sera toujours présente dans ce pays sahélien.  « Ce que la France perd en quittant le Mali est plus important que ce qu’elle gagne. Il y a beaucoup d’intérêts économiques de la France au Mali (services, banques, télécommunications, entreprises militaires…). C’est pour cette raison que le communiqué du Ministère des Forces armées françaises parle de suspension des opérations avec les autorités, mais de leur poursuite en solo », ajoute l’analyste du jour.

Mettre la pression sur la junte

La décision de la France vise plutôt à mettre la pression sur la junte, pour une restauration de l’ordre constitutionnel, mais aussi pour forcer le nouveau Président de la transition, le Colonel Goïta, à nommer un Premier ministre civil et à organiser les élections à la date échue du 22 février 2022, note Dr Bodian.

À son avis, la France a vu les choses venir avec les populations africaines qui manifestent de plus en plus pour le retrait de ses forces militaires du Sahel. L’année dernière, Emmanuel Macron, agacé par le discours antifrançais de plus en plus ambiant dans les pays du Sahel, avait « convoqué », à Pau, en janvier 2020, les dirigeant du G5-Sahel pour leur demander de se « déterminer » sur la question.

Le voisin du Sénégal « est, aujourd’hui, le pays qui compte le plus de militaires au mètre carré et pourtant, la situation y reste précaire », note le spécialiste de la sous-région qui a collaboré avec l’Union européenne (Ue) comme porteur de projet sur le Mali. Compte tenu de cela, renchérit-t-il, la lutte contre le djihadisme ne doit pas être simplement militaire. « On peut tuer un djihadiste, mais on ne peut pas étouffer l’idéologie djihadiste parce que les populations sont dans une situation de vulnérabilité. Ce sont des acteurs non étatiques qui viennent fournir les services sociaux de base », assure Mamadou Bodian.

Clin d’œil aux Russes ?

Une partie de la Société civile malienne qui « invitait les Russes » à venir contribuer à la sécurisation de leur pays pourrait saisir l’occasion, prévient le chargé de projet au Warc. D’ailleurs, rappelle-t-il, « les appels de la population malienne » ont commencé depuis longtemps, avec les manifestations contre la Minusma considérée comme « inutile ». Selon Dr Bodian, « il y a tout ce débat sur le fait que certains putschistes seraient venus d’une formation en Russie ». Et d’ajouter : « On n’est pas dans la théorie du complot, mais nous sommes dans un contexte géopolitique très mouvant, où les alliances stratégiques entre les grandes puissances se jouent avec une guerre par procuration un peu partout dans le monde. Le Sahel est devenu une zone stratégique ».

Oumar KANDÉ

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