(Addis Abeba) Neuf groupes rebelles éthiopiens ont annoncé vendredi la création d’une alliance contre le ++

ROBBIE COREY-BOULET, AVEC FRANCESCO FONTEMAGGI À WASHINGTONAGENCE FRANCE-PRESSE

Face à l’« escalade » dans ce conflit qui ravage le nord du pays, les États-Unis ont appelé vendredi leurs ressortissants à quitter l’Éthiopie « dès que possible ».

Le gouvernement fédéral est en guerre depuis un an contre les combattants du Front de libération du peuple du Tigré (TPLF), qui ont progressé ces derniers mois au-delà de leur région, notamment dans la région de l’Amhara.

Ils ont affirmé mercredi avoir atteint Kemissie, à 325 kilomètres au nord de la capitale, où ils ont rejoint l’Armée de libération oromo (OLA), groupe armé de l’ethnie oromo avec lequel ils sont alliés depuis août.

 Les deux groupes n’ont pas exclu de marcher sur la capitale pour faire chuter Abiy Ahmed. Le gouvernement dément, lui, toute menace sur Addis Abeba.

Le TPLF et l’OLA ont annoncé vendredi s’unir contre le gouvernement avec sept autres organisations moins connues et à l’envergure incertaine, issues de diverses régions (Gambella, Afar, Somali, Benishangul) ou ethnies (Agew, Qemant, Sidama) qui constituent l’Éthiopie.

« Notre intention est de renverser le régime », a déclaré Berhane Gebre-Christos, représentant du TPLF lors de la signature à Washington de cette alliance, baptisée Front uni des forces fédéralistes et confédéralistes éthiopiennes.

Le procureur général éthiopien, Gedion Timothewos, a qualifié cette entente de « coup de pub », soulignant que certaines de ces organisations « n’ont pas vraiment de base populaire ».

Impact incertain

L’impact sur le conflit de ce « front » reste incertain.

« S’ils sont vraiment sérieux dans leur détermination à prendre les armes contre le gouvernement, c’est potentiellement un vrai problème » pour Abiy Ahmed, a déclaré à l’AFP un diplomate connaisseur des questions de sécurité, tout en concédant ne pas connaître la plupart de ces groupes, leurs effectifs et leurs ressources.

Cette alliance semble manifester une volonté du TPLF de montrer qu’il dispose d’un soutien au-delà du Tigré.

Le TPLF avait déjà mis en place une coalition avec d’autres groupes ethniques et géographiques à la fin des années 1980, avant de renverser l’autocrate Mengistu Haïlémariam en 1991.

Cette coalition (le Front démocratique révolutionnaire du peuple éthiopien), dominée par le TPLF, avait ensuite dirigé le pays pendant près de 30 ans, avant un mouvement de contestation qui a mené Abiy Ahmed au pouvoir en 2018.

Devenu premier ministre, M. Ahmed a progressivement écarté le TPLF du pouvoir fédéral.

Après des mois de tensions, le Prix Nobel de la paix 2019 a envoyé l’armée au Tigré en novembre 2020 pour destituer les autorités régionales, issues du TPLF, qu’il accusait d’avoir attaqué des bases militaires.

Il a proclamé la victoire le 28 novembre. Mais en juin, les combattants du TPLF ont repris l’essentiel de la région et poursuivi leur offensive dans les régions voisines de l’Afar et de l’Amhara.

« Discours alarmiste »

Le gouvernement a démenti ces derniers jours toute avancée rebelle majeure, assurant qu’il gagnera cette « guerre existentielle ».

La porte-parole du premier ministre a fustigé vendredi la « désinformation » du TPLF destinée à créer « un faux sentiment d’insécurité ».

« Il y a un discours alarmiste qui crée beaucoup de tension », a déclaré Billene Seyoum, assurant qu’« Addis Abeba vit avec un sentiment de normalité ».

Les deux camps restent sourds aux appels internationaux à un cessez-le-feu et des négociations.

L’émissaire américain pour la Corne de l’Afrique, Jeffery Feltman, est depuis jeudi à Addis Abeba pour promouvoir une solution pacifique.

Le conflit éthiopien devait également être discuté au Conseil de sécurité de l’ONU à partir de 20 h GMT. Un porte-parole du Secrétaire général Antonio Guterres a jugé « crucial » d’avoir « une réponse unifiée » de ses membres, ce qui n’a jamais été le cas depuis un an.

Vendredi, le ministère éthiopien de la Défense a appelé les retraités de l’armée à se réengager « pour protéger le pays du complot visant à le désintégrer ».

L’état d’urgence a été déclaré mardi dans tout le pays, permettant aux autorités de détenir sans mandat toute personne soupçonnée de soutenir des « groupes terroristes » ou de suspendre les médias qui « apportent un soutien moral directement ou indirectement » au TPLF.

Des avocats ont indiqué à l’AFP que des milliers de Tigréens avaient été arrêtés depuis l’annonce de l’état d’urgence.