Lire l’analyse du journaliste et éditorialiste camerounais Célestin Biake Difana.

L’AMÈRE DÉSILLUSION

C’est d’une douche froide pour une grosse sensation qu’il s’est agi ce dimanche 16 janvier 2022 au complexe sportif d’Olembé à Douala à l’occasion de la deuxième sortie en match de poule de l’Algérie l’hyper favori et de la Guinée Équatoriale, sombre et peu considérée équipe dans cette coupe d’Afrique des nations (114 ème au classement Fifa).

Avec les faveurs de tous les pronostics, son statut de tenant du titre et les échos effrayants de son invincibilité sur une série de 35 matchs d’affilée, l’Algérie était dans cette partie aux allures de rédemption pour elle et sa mauvaise entame de compétition, l’épouvantail absolu, le roc qui allait se reprendre et n’en faire qu’une bouchée de son mirmidon d’adversaire.

 Son violent démarrage des hostilités du reste, témoignait fort bien de cette détermination. Deux cartons jaunes en moins de 10 minutes de jeu, parlaient de la fougue et même de la précipitation mal contenue des preux chevaliers de cette sélection du Maghreb, à remettre les pendules à l’heure.

Gros péché d’orgueil qui inlassablement et sans succès, venait se fracasser sur une muraille défensive inattendue et décidée à ne point céder un seul pouce de terrain. La stérile domination des Fennecs tournait au crève-coeur. Encore que piégés par cette solide arrière-garde équatoguinéenne et un certain Salvador Edu l’ailier remuant à plus d’un titre, ils n’avaient de cesse de se retrouver en position de hors-jeu pour des buts logiquement refusés.

Le sort heureux des ivoiriens qui l’avaient échappé belle à l’ultime minute de jeu, n’a apparemment pas instruit les algériens sur l’esprit teigneux et accrocheur de ces inconnus au bataillon de la gloire et à la recherche de leur affirmation.

L’extrême agitation de l’entraîneur Belmadi, ses remplacements en vague et ses coups de gueule n’y feront rien au fur et à mesure que le temps s’étire sur une perspective peu réjouissante d’un match nul déshonorant et peut-être acceptable somme toute. Que non ! L’après heure de jeu révèle une autre tournure dans la rencontre. Enhardis par une résistance porteuse, les équatoguinéens se mettent à y croire un brin. Leur adversaire a fini par s’empêtrer dans ses propres maladresses et bafouille son jeu.

 
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Le harcèlement porte et c’est ainsi qu’à la 71ème minute de jeu sur un centre venu de la gauche, Esteban Orozco le solide défenseur équatoguinéen reprendra victorieusement au second poteau et à ras de sol ce ballon fuyant qui prend de court toute la défense et le gardien de but algérien dépassé par le jaillissement de son adversaire. Le coup est rude et incroyable, à la dimension du nom de cette équipe équatoguinéenne : le Nzalang national entendez, l’Éclair national.

Les Algériens tétanisés n’en reviennent pas. Le public à Douala lui, exulte de cette tournure qui fait le charme du football. La remontée pour le tenant du titre dans le dernier quart d’heure n’est plus qu’un vain espoir. Même les cinq minutes de temps additionnels n’y changeront rien.

Pire que le nul, c’est d’une défaite qu’il faudra bien s’accommoder pour la suite, véritable scénario cauchemar. Ainsi meurent un record inutilement tapageur d’invincibilité et un statut surfait de favori. Un monde qui s’écroule presque pour cette Algérie qui devra ferrailler en dernier ressort avec la Côte d’Ivoire pour ne pas être même en cas de victoire, sûr de son propre sort parce que dorénavant tributaire des augures qui lui échappent. Ou comment on apprend à ses dépens faute d’une certaine humilité, que jamais un match ne ressemble à un autre.

Par Célestin Biaké Difana