Ousmane Sonko, Barthélemy Dias, Khalifa Sall, Habib Sy n’ont pas mis leur menace à exécution hier. Leur manifestation, qui était prévue à la Place de la Nation, n’a pas eu lieu face à la forte présence policière. Plusieurs arrestations ont été notées dont celles de Déthié Fall et Ameth Aïdara.

Par Aliou DIALLO – La Place de la Nation, qui était noire de monde le 8 juin dernier, à l’appel de Yewwi askan wi, contraste avec l’image d’une Obélisque vide constatée hier. L’opposition, qui voulait remettre ça, était l’ombre d’elle-même. Les leaders, Déthié Fall, Ousmane Sonko, Barthélemy Dias, Khalifa Ababacar Sall, pour ne citer que ceux-là, n’ont pas pu mettre les pieds à la Place de la Nation comme annoncé la veille.
L’impressionnant dispositif sécuritaire a dissuadé les militants et sympathisants à se rapprocher du lieu du rassemblement. Sur l’esplanade, plusieurs pick-up remplis d’éléments, avec leurs matériels anti-émeutes, ont fini de prendre possession de l’ex-Obélisque.
Toutes les issues qui y mènent sont barricadées. Le ciel de Colobane est enveloppé d’une épaisse fumée noire. Dispersés dans les rues du quartier, des jeunes allument des pneus avant de se fondre dans les ruelles. Elles sont jonchées de pierres, de troncs d’arbre, de tabliers et kiosques en feu. «Venez ! En avant, bouclez devant.

Allez les gars, progressez !», hurle le chef des opérations du Groupement mobile d’intervention (Gmi).

Sous ses ordres, plus d’une dizaine d’éléments, armés jusqu’aux dents, avancent en groupe coordonné. Leurs arrières sont assurés par un véhicule et un canon à eau. Sauve-qui-peut ! C’est ss compter avec la détermination des Forces de l’ordre à faire régner la stabilité. Les voitures banalisées avec à leur bord des policiers en civil, identifiables à travers leur brassard flanqué «Police», continuent la ronde. Plusieurs manifestants ont été mis dans le panier à salade.
Le bruit des grenades assourdissants, l’odeur âcre des lacrymogènes ont pollué tout Colobane tout l’après-midi. Le chef des Gmi et ses hommes progressent avec prudence dans le marché. Ici, les commerçants ont baissé rideau. «Boom ! Boom !», entend-on dans l’autre bout.
Nous sommes au rond-point du marché près de la station d’essence, à quelques jets de pierres du garage. «On reprend position», ordonne encore l’homme de tenue en chef.

Ordre exécuté. Tout le monde se retourne.» «On progresse», demande-t-il. Ainsi, les Gmi reviennent sur leurs pas. Les minutes passent. Vers le terrain situé près de l’intersection de la permanence du Parti socialiste (Ps), l’échange de jets de pierres et de grenades se poursuit.

L’endroit est transformé en véritable champ de bataille.
Fidèle à son principe, la Croix-rouge, qui a mis en place un dispositif d’intervention de plusieurs dizaines de volontaires, fait des allers-retours.

Toute sirène hurlante, l’ambulance de la Croix-rouge, avec à son bord le corps sans vie d’un garçon «carbonisé», prend la direction du Commissariat des Hlm. Il aurait péri dans un incendie causé par une grenade lacrymogène tirée par la police.
Loin de Colobane, à la cité Keur Gorgui où réside le leader de Pastef, Ousmane Sonko, la police a quadrillé le secteur dès les premières heures de la matinée. L’opposant, qui avait appelé les jeunes à la résistance jeudi, est resté cloitré chez lui. Face au même dispositif placé devant son domicile, le maire de Dakar, Barthélemy Dias, est resté prisonnier.

Khalifa Sall, lui, était introuvable.

Par contre le mandataire national de Yewwi askan wi, Déthié Fall, a été arrêté sur la Vdn. A Guédiawaye aussi, l’édile de la ville, membre de Yewwi, Ameth Aïdara, a été mis aux arrêts.
Yewwi askan wi voulait manifester contre l’invalidation de sa liste nationale de titulaires aux élections législatives du 31 juillet prochain.

Il n’y aura pas d’élections tant que leur liste n’est pas rétablie, menacent Ousmane Sonko et ses compagnons. Le camp du pouvoir, par la voix de leur chef, le Président Macky Sall, persiste et signe que les élections se tiendront à date échue.