sam. Oct 1st, 2022

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Pré-campagne présidentielle A quoi joue El Insav ?

Mauritania’s President Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani arrives at the G5 Sahel summit in Pau, southwestern France, Monday Jan.13, 2020. France is preparing its military to better target Islamic extremists in a West African region that has seen a surge of deadly violence. (Regis Duvignau/Pool Photo via AP)
 L’Authentique – Mauritanie

La formation présidentielle El Insav (ex-UPR) est en fête ! Depuis près d’une semaine, c’est le vacarme général à Nouakchott, qui consacre le troisième anniversaire d’investiture du président de la République. Mêlant « l’utile à l’agréable », le parti a décidé d’organiser de gigantesques caravanes de secours aux populations de l’intérieur sinistrées après les dernières pluies tombées sur le pays.
Tagant, Assaba, Gorgol ! Trois régions sinistrées, trois caravanes du parti El Insav ! L’objectif déclaré est de venir en assistance aux populations affectées par les pluies torrentielles du mois de juillet. L’autre objectif – planté au sein des leaders du parti- est de faire connaître celui-ci, né des cendres de l’UPR, et partant, magnifier son créateur. Il s’agit particulièrement de relever l’image de ce dernier, tombé au plus bas des sondages, suite à la suspension unilatérale par la majorité présidentielle, du processus du dialogue national d’une part et de l’autre, suite aux récentes augmentations du prix du carburant venues plomber une situation générale faite de crises socio-économiques multiformes.
Signes manifestes de cette campagne électorale déguisée, voire des intentions politiques d’El Insav qui portent sur la promotion du président Ould Ghazouany, les énormes banderoles greffées d’un portrait géant du président du parti fixées sur les véhicules mobilisés pour cette opération de charme. Le décor est dressé et la consigne prononcée, en amont : rebondir et convaincre après trois années de populisme et de démagogie servies aux populations. Il s’agit notamment de présenter le nouvel homme fort du pays en « homme providentiel » ! D’énormes moyens ont ainsi été déployés : des camions surchargés de vivres (lait, riz, huile…) et de matériaux (tentes, des nattes, couvertures…) ; instructions ont été données aux administrations locales qui doivent prêter porter mains fortes aux caravanes et leur accorder une attention toute particulière. S’invitant au carnaval, les médias d’Etat se sont mis dans la dance pour réserver un traitement de premier ordre aux opérations du parti.

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Même si l’intention affichée d’El Insav consiste à venir au secours des populations, il reste que l’ultime objectif est de redorer le blason de son président, d’autant que celui-ci est bel et bien candidat à sa propre succession. Objet de critiques diverses depuis son accession au pouvoir, Ould Ghazouany détonne du fait que, par rapport à tous ses prédécesseurs, il est le plus accablé et le moins populaire..
Après avoir réussi tant bien que mal à apaiser la situation socio-politique en engageant très tôt l’ensemble des formations politiques du pays dans ce que ces derniers appellent désormais un « simulacre de dialogue consensuel », l’homme aura déçu plus d’un, qui ont fini par reconnaître qu’ils ont été « mis en barque ». Depuis, nombreux sont ceux qui ont pris leur distance. C’est le cas entre autres du RFD de Ahmed Daddah, de l’UFP de Ould Maouloud et de l’APP de Messaoud Ould Boulkheir.
Sur le front social, la « pullule Ghazouany » ne passe plus ! L’homme est la cible privilégiée des Réseaux sociaux et le premier sujet de discussions dans les salons. Nombreux sont les critiques qui s’expriment à visage découvert. Nombreux sont même ceux qui regrettent le départ de son prédécesseur. Outre la conduite tenue dans l’affaire dite de la décennie sur laquelle la justice semble tergiverser et outre le mode de gestion calamiteux des deniers publics marqué par de nombreuses affaires de corruption et de détournements de fonds -jusque-là impunis- , les reproches portent sur sa communication mais surtout sur sa manière de diriger le pays.
Certes la présidence de l’homme a coïncidé avec une crise planétaire marquée par deux événements majeurs, la pandémie de la covid-19 et la guerre russo-ukrainienne, mais, tout compte fait, Ould Ghazounay n’a pas été soutenu – et encore moins aidé- par ceux qu’il a choisis pour l’accompagner dans la conduite des affaires du pays. En premier chef, les médias publics, l’AMI, la TVM et Radio Mauritanie, qui sont passés « à côté de la plaque ». Malgré les énormes moyens mis à leur disposition, ces organes ont été incapables de jouer leur partition, ne parvenant même pas à assurer le B.A.B.A de leur mission publique. La communication sur les réalisations des promesses de campagne du président de la République, est restée vaine, l’information n’est pas passée. Idem pour l’UPR qui a perdu son temps à se chercher. Idem pour une administration publique qui n’a jamais été aussi loin des populations qu’elle méprise.
Et c’est finalement dans l’espoir de « compenser » ce vide communicationnel que le président Ould Ghazouany aurait donné son aval pour la présente campagne d’assistance de son nouveau parti politique, destinée aux populations sinistrées suite aux dernières pluies hivernales.
Il faut dire qu’en l’état des choses, et compte tenu de ses ambitions politiques, l’homme a besoin d’être « vu autrement » par ses populations, ou au moins, par une majorité sur laquelle il pourrait compter dans l’avenir.
JOB