Les accusations de Ousmane Sonko à «mon encontre ne sont que des affirmations fausses». C’est l’avis de l’ex-procureur de la République, Serigne Bassirou Guèye. D’après lui, à travers une réflexion en enquête préliminaire, le Capitaine Touré a soulevé trois contradictions dans les déclarations de Adji Sarr. Pour Ousmane Sonko, le gendarme a sorti aussi six contradictions, selon toujours l’ex-procureur. Il a fait face à la presse hier.

Par Aliou DIALLO – Fin du silence ! Resté aphone depuis le déclenchement de l’affaire Ousmane Sonko-Adji Sarr, l’ex-procureur de la République, qui s’est senti «diffamé, calomnié, insulté», a décidé hier, de porter la répli­que au leader du parti Pastef, qui ne cesse de le traiter comme «membre du complot». Face à la presse, Serigne Bas­sirou Guèye s’est livré à un exercice de démolition pièce par pièce de toutes les accusations de l’opposant portées à son encontre. Il ne s’agit pas, précise-t-il d’emblée, d’une conférence de presse à «charge», mais pour des éclairages. «Il me reproche trois choses. Il dit que j’ai voulu l’arrêter quand on était à l’enquête préliminaire. Il dit que j’ai enlevé des éléments à décharge le concernant. Il dit que j’ai introduit dans la procédure, des pièces qui n’en faisaient pas partie, uniquement pour le charger. Sur ces trois points, j’ai démontré qu’il s’agit d’affirmations fausses», a tonné Serigne Bassirou Guèye.
Sur le premier point soulevé, l’ex-procureur a déclaré qu’il était impossible pour lui de mettre aux arrêts M. Sonko. «Parce que quand il y a une enquête à la gendarmerie, il n’y a que deux voies de procédure qui s’offrent. Première­ment, si le crime est flagrant, à ce moment, je peux l’arrêter. Ou je dis que je suis en enquête préliminaire, à ce moment-là, l’article 112 m’interdit, sous peine de sanctions, la dégradation civique, l’article m’interdit de l’arrêter», explique le prédécesseur de Amady Diouf. Il trouve cette accusation «aberrante qui n’a pas de sens». Plusieurs fois, Ousmane Sonko a soutenu qu’un rapport interne de la gendarmerie aurait démontré que Serigne Bassirou Guèye, procureur au moment des faits, aurait falsifié le procès-verbal d’enquête préliminaire. «L’élément qu’il dit que j’ai enlevé, c’est la réflexion du gendarme. Le gendarme (Ndlr : Capitaine Touré), qui a fini de faire son enquête, a mis une réflexion sur les faits. Il dit que sur les déclarations de Adji Sarr, il y a trois contradictions. Ousmane Sonko estime que ces trois contradictions lui profitent. Les deux sont dans le Pv. Donc, il a évoqué trois éléments (les Sms, Aissata Bâ, les faits concernant Sidy Moha­med Mbaye) qui le chargent et non qui le déchargent. On n’a rien enlevé qui le décharge, absolument pas. Mais le gendarme a sorti aussi six contradictions dans les déclarations de Ousmane Sonko», détaille Serigne Bassirou Guèye.

Relativement à la plainte de Ousmane Sonko contre lui devant la Cour suprême, l’ex-procureur estime qu’il était plus simple pour le leader du parti Pastef de demander l’annulation de la procédure devant la Chambre d’accusation de la Cour d’appel de Dakar. «Il a choisi une voie très compliquée. C’est pour dire que lui-même savait que ce qu’il dit ne tenait pas», déduit-il. De l’avis de Serigne Bassirou Guèye, Ousmane Sonko est dans une stratégie de communication. Il a défié M. Sonko à sortir le supposé rapport interne de la Gendarmerie nationale qui aurait révélé que Serigne Bassirou Guèye a changé le Pv de l’enquête préliminaire. Il lui demande également de publier le deuxième document qu’il «dit être à son avantage». «S’il sort ce document, je prends l’engagement devant vous, vous tous, vous allez voir que le Pv qu’il conteste est de loin sur ce point plus clément que le Pv qu’il soulève», assure Serigne Bass. Ce dernier ajoute que «ce qu’il a dit de Sidy Mohamed Mbaye et ce qu’il a dit des photos me gênent. Parce que ça montre un état psychologique un peu affaibli». Selon lui, Sonko a dit qu’il a pris les photos directement sur Inter­net pour les mettre dans le Pv pour charger la patronne du salon Sweet beauté, Ndeye Khady Ndiaye, de proxénétisme. Or, dit-il, de toute la procédure, il n’y a pas l’infraction de proxénétisme dans le dossier. «Ça montre que Ousmane Sonko ne connait même pas son dossier. C’est la politique qui l’intéresse, c’est l’accusation facile qui l’intéresse», conclut Serigne Bassirou Guè­ye.