(Addis Abeba) Au moins 125 civils ont été tués début septembre en Amhara, région du nord de l’Éthiopie gagnée par le conflit qui fait rage au Tigré voisin, selon des médecins locaux, un massacre attribué aux rebelles tigréens qui ont « catégoriquement » rejeté toute responsabilité mercredi.

« Il y a eu 125 morts dans le village de Chenna […] J’ai vu le charnier moi-même », a déclaré à l’AFP Mulugeta Melesa, chef de l’hôpital de la ville voisine de Dabat, située à 25 kilomètres de Chenna.

Les habitants « cherchent toujours des cadavres dans les environs » et « le décompte est toujours en cours », a-t-il ajouté.

Le bilan n’a pu être vérifié de manière indépendante et l’AFP n’a pas été en mesure de confirmer si les personnes tuées étaient effectivement des civils, mais les habitants de Chenna ont clairement mis en cause les rebelles du Tigré comme étant à l’orig

Un porte-parole du Front de libération du peuple du Tigré (TPLF) a vivement démenti mercri ces accusations sur Twitter.

« Nous rejetons catégoriquement les allégations selon lesquelles nos forces seraient impliquées dans le meurtre de civils », a déclaré Getachew Reda. « Nous réitérons notre appel à une enquête indépendante sur toutes les atrocités (commises, NDLR) et notre volonté de faciliter l’accès des médias aux zones sous notre contrôle pour une vérification indépendante de toutes les allégations », a ajouté le porte-parole.

La Commission éthiopienne des droits humains-un organisme indépendant mais rattaché au gouvernement-s’est dite « alarmée » par ces informations, précisant que les autorités enquêtaient pour confirmer le nombre et l’identité des victimes.

Blessures par balles

Le nord de l’Ethiopie est le théâtre de violents combats depuis novembre, lorsque le premier ministre Abiy Ahmed a envoyé l’armée au Tigré pour destituer les autorités régionales dissidentes, issues du TPLF. Cette intervention répondait selon lui à des attaques contre des camps militaires fédéraux orchestrées par le TPLF.

Le Prix Nobel de la Paix 2019 a déclaré la victoire fin novembre après la prise par les soldats éthiopiens de la capitale régionale Mekele, mais le conflit s’est ensuite enlisé et fin juin, les forces rebelles pro-TPLF ont repris le contrôle de l’essentiel du Tigré.

Elles ont poursuivi leur offensive dans les régions voisines de l’Amhara et de l’Afar afin de mettre fin à ce qu’elles décrivent comme un blocus humanitaire du Tigré et empêcher les forces progouvernementales de se regrouper.

Cette propagation des combats, qui a fait des centaines de milliers de déplacés, s’est accompagnée d’accusations d’exécutions sommaires et de bombardements aveugles par les rebelles, démenties par le TPLF.

Selon les habitants de Chenna, les forces pro-TPLF contrôlaient le village fin août avant que n’éclatent début septembre des combats avec les troupes progouvernementales, a expliqué à l’AFP Sewunet Wubalem, administrateur du district de Dabat.

Les rebelles ont abattu des civils pendant plusieurs jours début septembre avant de battre en retraite, a-t-il indiqué.

Certains des blessés ont été transportés à l’hôpital universitaire de la ville de Gondar.

« Nous avons reçu près de 35 civils, mais je ne suis pas sûr qu’ils soient tous des victimes du massacre de Chenna. La plupart d’entre eux ont des blessures par balle », a déclaré Ashenafi Tazebew, directeur adjoint de l’hôpital de Gondar.

« Pour certains, leurs familles ont été tuées et ils demandent à se rendre aux funérailles » même s’ils ont besoin de soins, a-t-il ajouté.

Accusations réciproques

Le gouvernement d’Abiy Ahmed et le TPLF se rejettent la responsabilité de la situation humanitaire catastrophique dans le Nord de l’Éthiopie.

Selon l’ONU, au moins 400 000 personnes vivent dans des conditions proches de la famine au Tigré, et en Afar et en Amhara, 1,7 million de personnes sont confrontées à la faim.

Les dirigeants du TPLF ont affirmé lundi soir que 150 personnes étaient mortes de faim en août et averti qu’un million « risquaient une famine mortelle s’ils étaient privés d’une aide vitale dans les prochains jours ».

Ces chiffres ne peuvent être vérifiés de manière indépendante.

L’ONU, l’Union africaine, puissances étrangères et ONG ont appelé à de nombreuses reprises à un accès sans entrave pour les convois humanitaires.

Lundi, la ministre éthiopienne de la Paix, Muferiat Kamil, a réitéré la position du gouvernement : « c’est le TPLF qui asphyxie les check-points, le corridor humanitaire. Ce n’est pas nous ».

Le Programme alimentaire mondial (PAM) a salué mardi l’arrivée au Tigré de plus d’une centaine de camions transportant nourriture et aide non alimentaire, le premier convoi en deux semaines.

Mercredi, le porte-parole du Bureau de coordination humanitaire de l’ONU (Ocha), Saviano Abreu, a déclaré mercredi à l’AFP avoir reçu des « rapports non confirmés de décès » dans des camps de déplacés.